L’appel

Les hommes ont bâti des murs autour de leur Cœur,

Tel un château fort de l’époque antique,

Une forteresse de pierres et de ciment froid,

Comme jadis Jéricho et ses tours immenses.

Et dans ces asiles, coupés du reste du monde,

Où la lumière de l’amour n’arrive pas à se rendre,

Ils cultivent la peur, la haine et l’aigreur,

Comme jadis les prisonniers  dans les oubliettes.

Les hommes se parlent mais ne se comprennent pas,

Enfants de Babel déstabilisés par les différences,

Voulant bâtir une citadelle au dieu de la vanité,

Mais incapables par trop d’égocentrisme.

Alors la frustration de la désolation s’empare d’eux,

Ombre errante dans les déserts glaciaux de leurs geôles,

Désemparés et solitaires dans leurs peines existentielles,

Ils fomentent le crime, le vice et les guerres.

Mais à l’extérieur de ces murs, de ces forteresses,

S’élève une voix douce, calme et puissante,

Comme un berger qui s’adresse à ses brebis,

Elle appelle, harangue et recrute des fidèles.

Tranquillement un bataillon de soldats se forme,

Transformant des armes en trompettes et soc de charrues,

Pour marcher autour des murailles où les cœurs sont cloitrés,

Chantant l’hosanna et l’alléluia d’une époque nouvelle.

Et comme à Jéricho ils feront sept tours,

Et comme à Jéricho les trompettes retentiront,

Puis l’une après l’autre les forteresses se briseront,

Et les soldats de Christ délivreront les âmes captives.

À l’extérieure des murs de pierres, des forteresses,

S’élève une voix douce, calme et puissante,

Elle appelle, harangue et recrute des fidèles,

Rejoindras-tu les rangs de l’armée de Christ ?

L’épée

1- Je t’apporte l’épée, mais au bout il y a la paix

Ceints tes reins d’airain, prépare-toi à la guerre ;

2- Muselle ta peur, comme on muselle le taureau du Basan

Prépare-toi à la guerre.

3- Mon épée est à double tranchant, à la fois agnelle et tigresse

Qui percera son mystère ?

4- Mon glaive est brûlant et froid, tel un pic de souffre tel un pic de glace

Qui le prendra en ses mains ?

5- Et comme il est doux le bêlement de l’agnelle, mon soldat le sera

Et comme elle est féroce la colère de la tigresse, mon soldat le sera

6- Mon épée vient à toi comme une femme d’orient, parée de ses plus beaux vêtements

L’aimeras-tu ? Hein, l’aimeras-tu ?

7- Ses chevilles sont ornées d’anneaux d’or, ses reins sont ceints de pierres précieuses ; sur son front il y a un diadème.

8- Son corps filiforme est recouvert de fin lin, mais ce sont ses dents couleur neige du Liban qui lui donnent tout son charme ; lui résisteras-tu ? Hein, lui résisteras-tu ?

9- Mon épée vient à toi comme une femme d’orient, parée de ses plus beaux ornements ; mourras-tu pour elle ? Hein, mourras-tu pour elle ?

10- L’homme puissant a convoité la vierge d’orient, non pour l’aimer, mais la travestir

Il a troqué le précieux de ses parements au plastic des pacotilles.

11- Il l’a fardée à outrance, prostituée et vendue au plus offrant. Désormais elle erre dans les rues, spoliée.

12- Elle n’est plus, celle qui remplissait nos yeux de sa silhouette féline,

Tigresse sans tigritude,

Altesse sans majesté.

13- Elle n’est plus, l’agnelle qui séduisait par sa douceur

14- Mais comme une épée coupe dans un sens et son contraire,

Prends-toi une armure, ceints tes reins d’airain

15- Il a été donné de la vigueur au taureau du Basan, où se cachera l’homme puissant ?

16- Je t’apporte la paix, mais avant il y a l’épée.

À quand le festin !

                                         

1- Eh Quoi !?

On a jeté un filet sur les requins ? Piégé l’oiseleur ? Humilié les monarques ?

Les cachots sont remplis de gémissements : la vendange a été belle !

2- Les oiseaux de proie se sont fondus à l’aube ; une aube pourpre. L’homme fort sur sa couche rêvait de conquêtes ; il a été conquis.

3- Partout, dans la ville, ont retenti des cris : l’épouvante, aux portes, frappait ; l’épée dans la main droite, la faux dans la main gauche. Ceux qui en réchappaient étaient faits captifs.

4- Eh Quoi !?

On a nettoyé la ville de son immondice ? Celle qu’on avait en abomination le jour ? Celle qu’on avait en horreur la nuit ?

5- Des taudis retentissent des chants d’allégresses :

Une mesure pour l’orphelin

Une mesure pour la veuve

Une mesure pour l’affamé

Une mesure pour l’estropié

L’équité a retrouvé son droit de cité.

6- L’égalité a le visage d’une femme en travail. C’est une génisse mise de coté il y a des temps immémoriaux. D’elle naitront deux enfants jumeaux mixtes : la première pour soupeser, le deuxième pour trancher.

7- Et tous seront pesés !

8- Eh Quoi !?

On a jeté des mailles dans la grande mer, la terre ? Et ramené à la surface les grands reptiles, les ptérodactyles ? Qui écumaient les eaux en maîtres absolus ? Se partageant les flots par vague d’élus ?

9- Un territoire pour trente sicles d’argent ; un gisement pour vingt talents d’or. L’or et l’argent déjà leurs possessions ?

10- La faux a creusé une fosse et préparé l’encens. Le sépulcre se réjouit :

À quand le festin ?

Guérir le monde

1- Nous ne voulons pas guérir le monde

2- Non !

Nous ne voulons pas recoudre la toile déchirée de l’égalité ;

3- Le lion se nourrirait-il d’herbes ?

L’hyène partagerait-elle la dépouille ?

Le roi dirait-il : « je ne veux pas de majesté ? »

4- L’homme se repaît de puissance,

Il s’enorgueillit de faire charité ; qui se priverait de l’ivresse des reconnaissances ?

5- Qu’elle est respectable la prostituée qui à la table des rois mange

Il en est de même pour le malicieux assis au banquet des dieux.

6- L’enfant affamé se laisserait-il ôter le lait de la bouche ?

Le misérable cracherait-il sur l’objet de sa pitance ?

7- L’Homme se nourrit de l’Homme

Untel court, untel s’en divertit ;

Perdre haleine est-ce se tenir sur ses pattes arrière comme un caniche ?

8- Untel pleure, untel, dans sa caravane, circule

Les larmes sont-elles devenues sables du désert ?

9- L’insensé a dit : « je prendrais le taureau par les cornes »

Le sage a ri, et lui a fourni une robe pourpre ;

10- « Tu t’en couvriras la tête de peur que tes yeux ne soient arrachés

Car après le taureau vient le grand aigle :

Qui lui arrachera sa proie dans ses griffes acérées ? »

11- La justice a fait sa demeure dans la chimère

Là où le pauvre et le faible vont fumer le calumet,

En parlant d’empires qu’ils bâtiraient  s’ils étaient riches et forts ;

La justice les écoute et pleure :

Une proie devenue prédatrice aura-t-elle égard à d’autres proies ?

12- L’avidité est tantôt geôle du cœur, tantôt trône du cœur

Elle est à la fois hyène et lionne ;

Lorsqu’elle ne chasse pas, elle se nourrit de dépouilles

Qui pourrait l’affamer ?

13- Certainement pas l’Homme qui,

Déjà dans le sein maternel s’habitue à regarder son nombril,

Et plus tard craint l’enfant issu de la même matrice que lui.

14 Non !

Nous ne pouvons pas guérir le monde !

15- Le tigre et la biche s’allieraient-ils pour faire la paix ?

La panthère et la gazelle dormiraient-elles dans la même tanière ?

Pareillement, un fleuve et un ruisseau partageraient-ils le même lit ?

16- Quand deux forces antagonistes, à la destinée président,

L’incertitude, sur ses gonds, tourne.

17- L’égalité est un champ clos ; le jour d’après en possède les clefs.

18- L’incertitude est un fauve, elle ne veut manquer de provision ;

Demain est incertain, il dévore le vert manteau que tisse le champ clos.

19- L’homme tiré du sol penserait-il à demain

Comme l’oiseau insouciant qui ne sème ni ne moissonne ?

Comme la fleur des champs qui ne file ni ne tisse ?

20- Non !

Même si nous semblons le souhaiter ardemment

Nous ne voulons pas guérir le monde !